Moins d’offres, davantage de candidats, des recrutements plus sélectifs. À première vue, les chiffres 2026 pourraient laisser penser que le marché de l’assistanat se contracte simplement. Mais, bonne nouvelle, à y regarder de plus près, l’histoire est heureusement plus nuancée.
Après plusieurs années particulièrement dynamiques, le marché français de l’emploi marque le pas depuis 24 mois. France Travail recense 2,28 millions de projets de recrutement en 2026, soit une baisse de 6,5 % en un an, son plus bas niveau depuis 2018. Le baromètre Hellowork confirme cette tendance : au premier semestre, le volume d’offres diffusées recule de 9 %, et de 13 % pour les CDI.
Dans le même temps, le nombre moyen de candidatures reçues par offre progresse de 18 % en un an, une hausse qui touche 88 % des métiers étudiés.
Le marché recrute donc moins et, mécaniquement, sélectionne davantage. L’assistanat n’échappe pas à ce mouvement. Mais derrière cette évidence apparente se cache une réalité intéressante : parler aujourd’hui du « marché de l’assistanat » au singulier devient de moins en moins réaliste.
Un métier important en volume, mais des réalités très différentes
Les chiffres donnent d’abord la mesure d’une profession qui reste fortement présente dans les entreprises françaises : Pour 2026, France Travail identifie 26 750 projets de recrutement pour les secrétaires (dont le titre officiel de qualification n’a pas suivi la tendance du marché 😉) et 3 490 pour les secrétaires de direction, soit plus de 30 000 intentions d’embauche sur ces deux catégories.
Pour les seules secrétaires de direction, 31,8 % des projets sont considérés comme difficiles à pourvoir, contre 43,8 % tous métiers confondus : le métier n’est donc pas dans une logique de pénurie généralisée.
Ces données ont toutefois leurs limites. Les nomenclatures statistiques regroupent sous des catégories relativement larges des postes qui, dans la réalité des entreprises, peuvent être très différents. Elles permettent difficilement d’isoler un Assistant de Direction d’un Executive Assistant travaillant auprès d’un membre de Comex ou d’un CEO, ou encore de mesurer précisément les spécificités de l’assistanat de très haut niveau.
C’est pourtant à l’intérieur de ces différences que se dessine, selon nous, l’évolution la plus intéressante du marché.
Car le ralentissement ne touche pas toutes les fonctions de la même manière. Les tâches les plus administratives, standardisées ou facilement mutualisables sont naturellement davantage exposées aux transformations des organisations et des outils. À l’inverse, plus le poste se rapproche des centres de décision, plus les attentes se déplacent vers des compétences difficilement réductibles à une liste de tâches, et augmentée de « soft skills » appréciés, que l’IA ne maitrise pas.
Autrement dit : le marché se contracte en volume, mais certains postes s’enrichissent en contenu.
Moins d’offres ne signifie pas nécessairement moins de besoins
Il faut également manier avec prudence les statistiques portant sur les offres publiées. Elles constituent un indicateur précieux de l’état du marché, mais ne donnent pas à elles seules une photographie exhaustive du recrutement. C’est particulièrement vrai dans l’assistanat de haut niveau.
Pour certains postes auprès de présidents, de CEO, de membres de Comex ou de dirigeants particulièrement exposés, la recherche passe principalement par l’approche directe, les réseaux professionnels, les recommandations et les cabinets spécialisés. Lorsque le recrutement est confidentiel, le poids de la personnalité et de l’intuitu personae est souvent plus crucial encore, et la publication d’une annonce ne suffit pas à identifier le profil adéquat.
Une baisse du nombre d’offres visibles doit donc être distinguée d’une disparition du besoin : elle peut traduire simplement une autre façon de recruter.
Quand le marché ralentit, l’exigence augmente
Le retournement du marché produit un autre phénomène : il y a plus de candidats disponibles/motivés pour chaque opportunité. Hellowork observe ainsi, au premier semestre 2026, une hausse de 18 % du nombre de candidatures par offre par rapport à l’année précédente.
Pourrait-on en conclure que recruter est devenu plus facile ? Pas nécessairement : recevoir davantage de candidatures ne signifie pas automatiquement disposer de plus de profils correspondant précisément au besoin.
Nous constatons chaque jour combien cela est vrai dans l’assistanat de direction, et plus particulièrement encore lorsqu’il s’agit de postes à tel degré d’exigence. À ce niveau de fonction, maîtriser les fondamentaux (agendas complexes, déplacements internationaux, préparation de réunions, coordination d’interlocuteurs multiples) constitue un prérequis, une évidence.
La sélection se fait véritablement ailleurs : dans la capacité à anticiper, à comprendre rapidement un environnement, à « évoluer dans l’ambiguïté », à maîtriser parfaitement les codes de confidentialité, à être aussi à l’aise en anglais lorsque le contexte l’exige, à appréhender les enjeux business et les interactions entre parties prenantes.
Et, bien sûr, cela passe aussi par la personnalité. Car une expérience parfaitement cohérente sur le papier ne suffit pas à garantir la réussite d’un binôme assistant(e)/dirigeant.
L’assistanat de haut niveau : un marché dans le marché
C’est probablement ainsi qu’il faut aujourd’hui observer les choses.
Il existe un marché général de l’assistanat, sensible comme les autres au ralentissement économique, aux réorganisations, à la mutualisation de certaines fonctions et désormais à l’automatisation d’une partie des tâches. Et, à l’intérieur de celui-ci, existent des fonctions dont la logique est relativement différente : ces duos où l’assistant(e) travaille en étroite collaboration avec son/sa dirigeant(e) – parfois en trinôme avec un Chef de cabinet – accède à des informations sensibles, évolue en relation avec les instances de gouvernance et doit être capable de comprendre suffisamment l’environnement pour anticiper plutôt que simplement exécuter.
Pour ces recrutements, il s’agit alors de dépasser la simple observation de la fiche de poste et rechercher une adéquation beaucoup plus fine entre un parcours, des compétences, une personnalité, une culture d’entreprise et une manière de fonctionner. C’est aussi pourquoi le nombre de candidatures reçues devient un indicateur relatif : Il ne s’agit pas tant de savoir combien de candidats se projettent dans le poste que de savoir combien correspondent réellement au contexte. »
Ce distinguo existe aussi dans les rémunérations.
Sur le marché parisien, la grille standard 2026 (Robert Half) s’étage de 42 K€ à 63 K€ selon l’expérience. Mais pour un poste d’assistant(e) de président ou de direction générale bilingue, l’étude Michael Page 2026 situe la fourchette à 55-70 K€, et les binômes les plus exposés (Comex de grands groupes, présidence d’ETI) dépassent très régulièrement ce plafond.
Le ralentissement général du marché ne se traduit donc pas par une pression à la baisse sur ces profils : la rareté du vivier continue de soutenir les niveaux de rémunération, quand le reste du marché se tend surtout sur les volumes.
Et l’IA dans tout cela ?
Elle constitue évidemment l’une des grandes transformations en cours, mais elle mérite peut-être d’être replacée dans cette lecture plus globale du marché. Aux États-Unis, où les données sont les plus détaillées sur cette profession, l’association ASAP mesure que 76,9 % des professionnel(le)s de l’assistanat utilisent déjà l’IA au quotidien en 2026, contre 26 % deux ans plus tôt. Il n’existe pas encore d’équivalent français aussi précis, mais la tendance de fond est difficilement contestable : les outils permettent déjà d’automatiser ou d’accélérer une partie de la rédaction, de la synthèse, de la recherche ou de la préparation documentaire. Leur progression, notamment avec l’IA agentique, devrait accentuer la transformation des fonctions les plus centrées sur l’exécution.
Mais pour l’assistanat de haut niveau, le sujet est évidemment différent. La maîtrise de l’IA rejoint progressivement celle des autres outils professionnels : elle devient une compétence attendue. Ce qui différencie les profils n’est donc déjà plus de savoir l’utiliser, mais de savoir où elle apporte de la valeur, comment sécuriser son usage, et où doit s’arrêter la délégation à l’outil.
Ainsi l’automatisation ne dévalue pas le métier, elle le recentre. Allégées des tâches mécaniques, les assistantes de direction voient leur valeur se recentrer sur ce qu’aucun outil ne sait faire: discernement, compréhension d’un contexte, anticipation, confidentialité, intelligence relationnelle.
Un métier qui se contracte, donc, mais ne disparaît pas.
La même nuance vaut pour l’horizon à dix ans. Dans son étude de référence « Les Métiers en 2030 », France Stratégie et la Dares classent les secrétaires de direction parmi les métiers dont l’emploi ne progresse pas. Un constat préalable, avant même l’essor de l’IA générative.
Mais le rapport est clair sur un point : contrairement aux métiers en tension, les départs en fin de carrière sur ce type de poste « pourraient plus aisément être pourvus par des professionnels promus ». Autrement dit, pas de pénurie annoncée : le vivier de mobilité interne suffirait à absorber les remplacements.
Ce diagnostic confirme, à sa manière, le paradoxe déjà observé en 2026 : le métier recule en volume sans être menacé de disparition, pendant que les compétences qui comptent se déplacent vers le haut de la chaîne de valeur.
Lire les chiffres sans leur faire dire trop de choses
Alors, l’assistanat est-il un marché en recul ? Les chiffres nous obligent à répondre avec nuance.
Oui, le marché de l’emploi ralentit : les projets de recrutement diminuent en France, les offres publiées sont moins nombreuses, la concurrence entre candidats s’intensifie.
Mais plus de 30 000 projets de recrutement sur les métiers de l’assistanat sont encore recensés en 2026. Certains postes se mutualisent et les candidats sont plus nombreux sur le marché.
Parallèlement, les fonctions les plus proches des dirigeants continuent de se densifier : compréhension de l’environnement, anticipation, capacité à naviguer dans des organisations complexes, maîtrise des nouveaux outils, confidentialité et intelligence relationnelle y prennent une place croissante. En contrepartie, ces postes à immédiate proximité des dirigeants, requièrent également souplesse d’organisation, flexibilité, et présence assidue au bureau….
Le droit à la déconnexion y est souvent un lointain mirage ! Alors réfléchissez bien à ce dans quoi vous souhaitez vous engager selon vos priorités.
Sources
- France Travail, enquête BMO 2026
- Baromètre Hellowork, 1er semestre 2026
- ASAP, The 2026 State of the Administrative Profession
- France Stratégie / Dares, Les Métiers en 2030
- Michael Page, Étude de rémunérations 2026 ; Robert Half, Guide des salaires Paris 2026
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